Saint Gildas a donné son nom à plusieurs communes, à une abbaye et des chapelles. Il est l’un des saints bretons les plus populaires, mais aussi l’un des plus importants. On lui doit en effet l’un des rares textes des premiers siècles du christianisme celte, et son De Excidio Britanniae, venant entre les écrits de Patrick et ceux de Colomban, sont un des meilleurs témoignages de la vie de la chrétienté bretonne au VIe siècle.
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elon la vie la plus ancienne, Gildas (en breton Gweltaz) naquit à Arecluda (Dumbarton) à la fin du IVe siècle, dans une famille chrétienne. Tout jeune, il est confié à l’abbaye du célèbre abbé Iltud, où il reçoit une formation très complète : l’abbé tient en effet à dispenser une instruction fondée à la fois sur les arts profanes – grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, astronomie et musique – autant que les arts sacrés, Bible, patrologie, philosophie, afin de mieux réfuter les arguments des anciens. A Llancarvan, Gildas a pour condisciples les futurs saints fondateurs de Bretagne : Samson et Paul Aurélien, les saints David, Cado, et bien d’autres encore. Selon des traditions postérieures, Gildas aurait complété sa formation en voyageant par les monastères et écoles monastiques de Gaule ; il est ordonné prêtre à son retour, vers l’âge de 25 ans, ce qui exigeait une dispense spéciale. Gildas part alors exercer son zèle apostolique sur les populations écossaises, où sévissent à la fois le pélagianisme et les guerres entre clans. Il y aurait connu sainte Brigitte. Il gagne ensuite l’Irlande, où il tente de remettre de l’ordre dans les monastères fondés par saint Patrick. Avec l’aide des saints Cado et David, il fonde l’école monastique justement célèbre de Armagh. Selon la tradition, d’Irlande, il serait passé en Italie, à Rome, puis Ravenne. Sur le chemin du retour, il s’arrête dans l’île d’Houat, au large du Morbihan, avant de fonder le monastère de Rhuys, sur un terrain cédé par Waroch, comte de Vannes. Le monastère devient rapidement prospère, les moines affluent. Recherchant la solitude, Gildas quitte son monastère après une dizaine d’années de gouvernement, et se réfugie sur les bords du Blavet, dans une grotte, près du site de Castennec.
A la Vie de Gildas se mêlent des récits légendaires, tels l’histoire de sainte Tréfine : le tyran Conomor, s’étant rendu maître de toute la Domnonée et cherchait à élargir son territoire en annexant le comté de Vannes. Le plus simple était d’épouser Tréfine, fille de Waroch, comte de Vannes. Epouvanté par cette demande, et craignant pour sa vie et celle de ses cinq fils, Waroch vint demander conseil à Gildas, qui conseilla d’accepter, pour éviter une guerre, et promettant sa protection. Découvrant son jeu après quelques temps de mariage, Conomor propose à Waroch un partage du comté entre le fils aîné du comte et lui-même. Devant le refus de son beau-père, il se venge sur Tréfine en l’égorgeant. Waroch s’en remet une nouvelle fois à Gildas, qui soigne la jeune fille, peut-être en ayant recours à quelques médecines druidiques et la ramène à la vie. Elle donne peu après naissance à un enfant, Trémeur, lequel élevé à l’abbaye de Rhuys sera bientôt égorgé par son père. Ses reliques se trouvent pour une part à l’abbaye de Boquen…
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ers 565, il est rappelé en Irlande afin d’apaiser des troubles survenus dans les monastères. Il s’y rend et regagne l’île d’Houat. Il y reçoit l’annonce de sa fin prochaine, et s’étant dignement préparé, il meurt le 29 janvier 570. Ses reliques reposèrent plusieurs siècles en l’abbaye de Rhuys, avant de connaître le sort de celles de tous les saints bretons : emmenées par les moines, elles restèrent longtemps près de Châteauroux. Gildas est le patron de Houat, Auray et bien d’autres villes, patron également de plusieurs chapelles et paroisses.
L’abbaye Saint Gildas de Rhuys connaît une longue période de prospérité. Son histoire est par la suite conforme à celle de toutes les abbayes de France : imposition de la règle bénédictine, abandon à l’époque des invasions normandes, reconstruction et florissement à l’époque romane ; déclin avec imposition de la Commende et les guerres de religion, relèvement par les Bénédictins de Saint-Maur. L’abbaye est vendue et définitivement abandonnée à la Révolution française. (1)
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ildas laisse une œuvre considérable, à la fois d’un point de vue monastique, en particulier si l’on retient ses passages en Irlande, et d’un point de vue littéraire. On avance souvent la date de 547 pour la rédaction du De Excidio. Il est possible aussi que l’ouvrage est été rédigé en deux temps. Il est particulièrement intéressant pour l’histoire de la culture et des idées religieuses de ce temps. Il comporte deux parties : une histoire de la Grande-Bretagne de la conquête romaine à la paix qui suivit les premières guerres saxonnes, et une admonition véhémente, truffée de citations bibliques, adressée au roi et au clergé breton dont il dénonce les excès pour mieux les inciter à la conversion. Saint Gildas est parfois appelé le saint Jérémie breton, tant ses admonestations sont virulentes. Sans épargner personne, Gildas fait référence aux Pères, à la Bible et en particulier à l’Ancien Testament, cite quelques auteurs classiques. Le texte a connu une large diffusion, il est cité par l’auteur de la vie brève de saint Guénolé. Gildas est également l’auteur d’un pénitentiel, où s’esquisse la doctrine latine des mérites, mais où il s’élève aussi contre les moines gyrovagues. Quelques fragments de lettres lui sont enfin attribués.